Opération Simla, oui, on en parle depuis longtemps alors ce week-end on le fait ! La pluie est diluvienne et tout les indiens me font promettre de reporter l’expédition. Alex de Kuruksetra, Anila et Noëmie de Delhi viennent squatter une nuit dans ma chambre de guest-house, et nous décidons à m’aube de partir…toujours sous la pluie. Anila est à moitié indienne et connaît Simla comme sa poche, elle nous emmènera faire le tour des bars si vraiment il pleut trop. Et puis, arrivée à la gare de bus de Chandigarh, la pluie s’arrête, comme de par magie. Et là commence un voyage mémorable. C’est la première fois que je sors de Chandigarh et ça fait du bien, nous montons les premières hauteurs de l’Himalaya. 6 heures de bus, autant dire rien du tout pour des distances indiennes, c’est le bled à côté. A côté de moi dans le bus, deux jeunes mariés font connaissance, j’ai de la peine pour eux, ils n’ont rien à se dire. J’imagine que chaque geste est nouveau, ne serait-ce qu’une main sur un genoux, le partage d’un paquet de biscuit. Je vois qu’ils sont jeunes mariés car la fille qui a maximum mon âge a les poignets pleins de bracelets sur au moins 10 centimètres, et qu’elle doit garder au moins un mois après son mariage. Elle jette une bouteille en plastique par la fenêtre en se couchant sur moi, voilà une bonne idée de l’écologie et l’Inde, néante au quotidien ! Ici, 95 pourcent des mariages sont encore arrangés, surtout au Penjab qui est l’état le plus conservateur, et Anila nous confie que Simla est un grand lieu de voyage de noces.
Pose sur la route où l’on déguste un délicieux dhal et quelques chapatis. Alex et moi sommes devenus experts en dégustation de dhal, car nous sommes tous les deux en guest house et donc obligé de manger ce met aux lentilles midi et soir. Mais ne nous y trompons pas, le dhal revêt des couleurs, des assaisonnements très divers, qui vont du jaune au noir en passant par le rouge…Mon préféré est celui aux lentilles noires, avec des oignons et du gingembre, j’ai demandé à Babloo qui est le cuisinier de la guest house de m’apprendre à le faire…Et voilà que je me remets encore à parler de nourriture…L’Inde ne me changera pas totalement !!
Arrivée à Simla, nous sautons du bus avant que celui-ci ne monte trop haut, mais il y a trop de monde sur la route alors on ne se retrouve que quelques minutes après, aucun n’ayant réussi à sauter en même temps ! Et nous voilà aux pieds de montagnes immenses et impressionnantes, des rues grouillantes de vie et de petits commerces animés. Le comptoir d’une clinique dentaire, à même la rue, présente des dentiers tous plus appétissants les uns que les autres comme mon épicier cyclope de Chandigarh expose ses biscuits et ses différents types de lentilles… .Oui, il n’a qu’un œil, et c’est assez fréquent ici, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une vision très gaie de la vie, et de m’offrir des caï quand le bus est en retard le matin. Donc, les rues de Simla, des escaliers, des rues en pentes, des cris partout, des couleurs, des odeurs de sale, et des marchands de fleurs cohabitent. De petits passages dont la montée récompense le touriste aventureux par l’une des plus belles vues de montagnes. L’air est plus frais…nous sommes à 2000 mètres et mes poumons le sentent, il nous faut nous poser quelques minutes pour reprendre nos esprits de petits citadins nantis dans la pollution et bercés par le ronron des rickshaws. « Respirez l’air pur les enfants », je le dis à mes copains en précisant que cette phrase vient de Pabé, mon grand-père maternel, à qui je pense beaucoup en ce moment. Il dit cela quand on se balade en montagne, dans les Vosges ou aux alentours de Strasbourg où mes grands-parents habitent. Ici, rien à voir, les habitants ont des gueules. Je veux dire des vraies gueules de montagnards. Certains ressemblent même à des mongols ou à des chinois. Tête ronde et plate, les yeux travaillés des rides du temps sont rieurs et légèrement plissés. D’autres ont des têtes d’afghans, les cheveux longs et sales, ils sont vêtus de gros gilets tricotés donc le dos comporte un sac à dos intégrés. Je ne sais pas encore à quoi cela sert.
Je me dis tout de suite que lorsqu’on vit dans un environnement aussi beau, on ne peut être que bon. Comme les fonctions vitales, les valeurs seraient liées entre elles, intrinsèquement. Car vraiment, c’est beau. Il suffit de se détourner du flan que l’on grimpe pour se voir offrir la vallée, que surplombe de l’autre côté l’Himalaya. J’ai du mal à croire que je suis au début de la plus grande chaîne de montagne du monde, un mythe presque, que je touche du bout des yeux…neiges éternelles d’un côté, pollution de la vallée de Chandigarh de l’autre…le choix est vite vu !
La ville comprend une rue principale, le Mall, qui est assez touristique, et ça fait bizarre car je ne suis plus habituée à voir des blancs, ça se remarque tout de suite ! Nous trouvons un hôtel pas trop cher et marchandons pour mettre deux lits par terre ce qui évite de payer une chambre en plus, et c’est plus convivial. Et puis nous abordons les hauteurs, et nous dirigeons vers le temple des singes, en l’honneur du dieu Hanuman. Mais en fait, il y a plus de singes dans la ville elle-même, et j’en ai assez peur. Il ne faut surtout pas les regarder sinon ils attaquent et vu comment ils se mordent entre eux en plein milieu de la rue, j’ai pas envie de leur proposer mon mollet…et puis je suis pas vaccinée contre la rage, alors bras dessus bras dessous avec Alex et Noëmie, on les évite soigneusement en regardant nos pieds entre deux poses, émerveillement oblige ! Des bâtons sont loués à l’entrée du temple pour éloigner les singes, (« singes, singes, petits singes » comme dirait ma mère…), mais nous n’en croisons pas un !! Il paraît qu’ils savent éplucher les bananes, ouvrir des canettes et manger du raisin en recrachant les pépins. Leurs attitudes humaines nous fascinent. L’un est accoudé à une barrière en regardant les touristes passer, comme le ferait un vieux blasé, à l’heure de la sieste, en posant nonchalamment son poignet sur sa cane, laissant retomber sa main nouée par l’effort et taillée par l’arthrose. Le singe, contrairement au vieux, préfère croiser les jambes, c’est plus chic, mais c’est fou ce qu’il est proche de l’homme…ou inversement ! Et je suis sûre que certains hommes mordent si on les regarde !
La montée jusqu’au temple est rude, il fait très chaud, la pente est abrupte et les singes insolents, je commence à respirer difficilement et Noëmie a mal au crâne…pauvres petits touristes mauviettes que nous sommes ! Le soir, dîner dans un restaurant que Renard nous indique (référence à Sylvain et Sylvette), ici, Anila, nous embarque dans un endroit très agréable, où des jeunes mariés viennent fêter leur voyage de noce. L’ambiance du couple à côté est à pleurer. Juste pas un mot ne s’échange, ni un regard, ni un sourire. Mais nous nous délectons d’un poulet épicé, et de légumes à la noix de coco…délice des papilles! Le lendemain matin, achat de Ventoline indienne au réveil (moins de 2 euros!!), et je prends seule le premier bus pour redescendre en urgence, car je viens de rester 10 heures en haletant, sans dormir, mes poumons en ont marre, et le yoga ne suffit plus ! Mais c’est promis, je reviens, dans un hôtel qui a un peu moins de poussière ! le bus du retour commence la route à moitié plein, que des hommes, et une blanche qui halète au milieu, mais le bus se rempli au fur et à mesure que l’on passe dans les villages de montagne. Des hommes sortent de nul part, au détour d’un virage où l’on n’aurait jamais juré qu’il y avait une activité…il est vrai qu’ils sont quand même 1, 2 milliard…il faut les caser, et ceux-là ont de la chance de goûter à ces paysages au quotidien, j’écris à mon ami Abhiranjan qu’il a bien de la chance d’avoir grandi là.
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