mercredi 26 août 2009
Indian style!
Parlons-en des indiens, il serait temps ! Les premiers que l’on voit sont de dos. Ils pissent contre un mur le long des routes. Ou alors ils crachent…faut que ça sorte quoi ! Les premiers regards se font sous une mèche de cheveux, bien rangés et lissés au peigne et gel, séparés soigneusement par une raie sur le côté. Sous leurs yeux pétillants se trouve souvent une moustache taillée et travaillée. This means « Made in India » ! Sinon, rares sont ceux qui échappent au marcel, sous-vêtement des plus sexy sous chemise ou sous T-shirt, qui se dessine par l’absence de transpiration…virilité en creux ! Ici, il faut accepter de vivre mouillé dès le matin ! Les femmes sont pour la plupart en salwar-kameez, tenue que j’ai aussi adopté pour le quotidien universitaire. Pantalon large resserré aux mollets et chevilles et longue chemise. A cela s’ajoute la « dupatta », longue écharpe portée sur la poitrine afin de masquer une trop ostensible féminité ! cette « dupatta » sert à tout, souvent assortie au pantalon, elle essuie la sueur, protège de la pluie, accueille un bébé endormi, les courses familiales, et torche même les petites fesses nourrissones quand celles-ci vivent malheureusement dans la rue… Sinon, les femmes en jouent avec majesté, comme elles le font avec le pan de leur sari. Ce fameux bout de tissu de 7 mètres de long s’arrange sur un jupon, avec des plis et un pan sur la poitrine passant sur l’épaule gauche. Cet habit ancestral se porte de toutes les couleurs et donne vie lui-même aux paysages verdoyants de Chandigarh. Il est porté de façon différentes selon les régions, les castes, les religions et les activités de la journée. Certaines le font passer entre les jambes, d’autres sur la tête…
N'oublions pas les nombreux bijoux et signes dont beaucoup sont des symboles religieux ou sociaux. Les femmes mariées portent le bindu, ou tika rouge (point entre les deux yeux), et une raie de pâte rouge à la racine des cheveux. Cette couleur est symbole de l’épanouissement conjugal…les mariages arrangés étant encore très courants, il faut bien se persuader de son bonheur ! Ensuite, bracelets, bagues diverses. Henné sur les mains, tradition musulmane magnifique, j’irai m’en faire un jour, promis ! Les hommes portent souvent des bagues et marques sur le front. Ces couleurs ressortent sur leurs peaux brunes, c’est superbe !
Malheureusement, quand les filles s’habillent « à l’occidentale », cela devient vite vulgaire, et cela me rappelle l’Arménie, où la mondialisation semble n’avoir apporté que les dérives stéréotypées et ultra-sexuées des tenues féminines, au dépens de l’élégance habituelle des femmes indiennes…car elle sont belles !
Arrivée à Chandigarh!
Arrivée à Chandigarh. Calme, vert, vaches, la pollution est très faible, on se croirait dans un village du pays basque ! Le contraste avec Delhi est flagrant. Beaucoup de solitude, je commence à faire comprendre à l’administration de l’université que je ne vais pas vivre dans une guest-house pendant un an, sans cuisine, et surtout avec obligation de rentrer avant 21heures…! Dimanche on me réveille à 6h45 pour le petit dej, je veux bien qu’on soit lève tôt et qu’on n’aille pas à la messe le dimanche ici, mais quand même…avec une planche de bois pour lit et un seau d’eau pour douche, j’aimerai au moins dormir un peu ! La ville est vide. Tout est vert, seuls les ricks chow et cycles ricks chow montrent qu’on est en Inde. Je pense d’ailleurs que vu le trafic, je peux même m’acheter un vélo que je revendrai à mon retour… les hommes ne sont pas au coude à coude dans la rue, parfois même ils portent des casques sur leur moto. Mais j’apprends que ce n’est pas obligatoire pour les sikhs en raison de leur turban, et pour les femmes, pour ne pas abîmer leurs cheveux…du grand délire ! « Oui, tu comprends « Ouictoi’ », le casque, ça enlève la beauté des femmes… »
La ville est organisée en secteurs de 1km2 selon le souhait de le Corbusier. Chaque secteur a son supermarket, son cyber, son tailleur, son espace de téléphone (un boui-boui avec un téléphone posé sur le comptoir). Il est donc assez facile de s’y retrouver. Parfait pour mon sens de l’orientation légendaire (Frank, je t’entends déjà pouffer devant ton écran !)
Dimanche 9 août 2009
Petit déjeuner à la guest-house. Chocapics insipides, bol de curd (fromage blanc fermenté, j’adore…), et dhal (lentilles épicées, délicieux)…drôle de mélange dans une petite salle commune où tiennent une table et trois chaises. Je me retrouve face à un indien, Swaraaj et Steven, un anglais de Plymouth…le seul blanc que je vois depuis que j’ai quitté Delhi (oui, ok, c’est hier, mais cette journée m’a paru une éternité !) La conversation s’engage, ils me proposent de faire avec eux une ballade dans les montagnes de l’Himarchal, l’état contigü au Penjab. Rien de prévu. J’accepte. Quelques kilomètres plus loin, et quelques accidents évités de peu par le chauffeur, nous nous retrouvons dans les premières montagnes de l’Himalaya…le rêve, que de la verdure et la chaleur qui descend ce qui n’est pas négligeable ! Ces deux hommes sont prof de journalisme à Chitkara, et racontent plein d’histoires, mon anglais revient peu à peu avec le British car je parlais jusqu’à présent en pensant en espagnol…gracias Madrid ! Swaraaj nous fait rencontrer une vieille hongroise centenaire qui vit dans la montagne avec deux indiens, on se demande un peu comment elle a atterri là. Très attendrissante, je pense à ma grand-mère Amé, elle pète le feu et me dis les quelques mots de français qui lui reviennent. Visite de villages locaux, la présence de l’armée est un peu inquiétante, il paraît que c’est normal…mais les militaires indiens n’ont pas l’air de rigoler, et bien qu’en sarwal-kameez, on ne loupe pas mon teint blanchâtre, ce que les regards intrigués ne manquent pas de me faire remarquer…ceci dit, ici, il ne s’agit que d’intrigue et non des regards libidineux et agressifs de Delhi. Ouf !
Voici mes premières images de mon arrivée...il ne sa'git pas de Chandigarh mais de Kasauli, dans les montagnes de l'Himarchal Pradesh, état adjacent du Penjab, d'où est originaire Swaraaj.
Samedi 8 août 2009
Premier jour à la fac.
Tenue neuve achetée à Delhi qui fait son effet auprès des profs car tout le monde est en jean ici, mais ils apprécient et sont flattés. On me demande en fait si je peux aussi donner une heure de cours d’initiation aux petits, car Chitkara est un complexe qui commence en maternelle. Je vois alors défiler plein de petits sikhs avec leur petit turban, et tous habillés pareils, coiffure impeccable. Je pense que je vais me régaler avec eux. L’école est très moderne et très riche. Rencontre avec Le Directeur, Monsieur Chitkara qui a fondé cet énorme truc et qui prend des cours de français à l’Alliance Française, il est comme un gosse devant moi en me disant tous les mots français qu’il peut, et les écrit à l’occasion. Adorable, c’est aussi lui qui est à l’initiative de mon poste. Il a l’air d’un riche qui a réussit, le ventre proportionnel comme souvent ici, à l’étendu de sa réussite…c’est pas peu dire. Bagues dorées à tous les doigts, colliers imposants sur le costard. S’il n’était pas déjà amoureux de ma discipline, j’aurais été glaçée sur place…
Découverte des enfants et de la classe où je vais enseigner. Ils ont 10 ans, tous en salopette et polo d’uniforme. Ils commencent toutes leurs phrases par « m’am », même pour répondre « m’am, yes ». je n’arrive pas à retenir ni à prononcer leurs prénoms mais ça viendra. Je rencontre à l’école une prof d’anglais brésilienne qui a mon âge…et qui s’est fait viré de la guest-house pour être rentrée à 22h…je vais peut être essayer, ça accélèrera peut-être les choses !!
Après-midi à la Police pour m’enregistrer comme étranger travaillant sur le territoire…et ben, j’ai pas envie d’avoir affaire à la Police…tout d’abord, le chauffeur qui m’accompagne gentiment paye un backshich ni vu ni connu pour ne pas y passer toute la nuit. Et quand on passe dans les couloirs, j’ai l’impression que je suis détenue. Les flics sikhs en imposent encore plus avec leurs turbans et leur grande carrure. Normalement dans deux jours, je serais enregistrée…si un autre dossier n’a pas payé plus cher…franchement, j’exagère un peu, mais pas beaucoup…et c’est un tel bordel dans les bureaux…
Anecdote au passage : J’ai mangé un morceau de piment vert il y a trois heures et j’ai encore le visage tout insensibilisé…pourtant j’ai enlevé les graines…mais il paraît que ça désinfecte et que c’est bon pour la santé…il va falloir que je m’habitue !! Vivement demain, je vais parler à d’autres personnes qu’aux profs de la fac, opération Alliance Français où je vais peut-être enseigner aux plus avancés. C’est bon, je pue la citronnelle, je peux aller me coucher !
Mardi 11 août 2009
Journée formidable et pleine de rencontres. A l’Alliance Française, beaucoup d’étudiants ont mon âge, ils m’appellent « m’am », je rencontre les prof. Accueil adorable, et je vois aussi que les profs de français ne parlent même pas parfaitement…il y a du boulot ! Le bâtiment est super, très moderne et la bibliothèque fournie. Je rencontre un indien qui va passer l’année prochaine à Caen, Amar, et lui donne mon adresse en cas de questions. Je dis aussi un peu à tout le monde que je cherche un appart, et me voilà embarquée dans la coloc de 4 franchouillards qui font une année d’école de commerce ici. Ça fait drôlement du bien de voir des jeunes, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas été détendue et moi-même… on remarque d’ailleurs tous que ça fait un bail qu’on n’a pas fait la bise, et on fait deux tournées pour le plaisir ! C’est vrai qu’ici les contacts corporels sont minimes, poignées de mains entre collègues et salutation pour les autres… ils me filent de bonnes adresses, et je voudrait bien sortir avec eux, mais ma guest-house ferme à 21h…grrrr. Il est d’ailleurs temps de rentrer pour l’heure du dîner avec Steven et Swaraaj, donc Manee un jeune indien sikh adorable me ramène sur sa mobilette. Pas de casque bien sûr, c’est l’une des absurdités du pays. On y voit des familles entières de 5 personnes entièrement sur une moto, avec le casque à la main!
Swaraaj est mon petit papa, il est adorable et me propose de m’emmener faire un tour visiter un peu le quartier…le concept du Corbusier est pas mal, mais les bâtiments ne sont pas beaux et très uniformes! Seule la verdure omniprésente est un régal, il y a des arbres partout et c’est très peu pollué. Swaraaj est à la guest-house deux jours par semaine donc il va retourner demain dans ses montagnes de l’Himarchal. Trop gentil et touchant, il va me donner l’adresse de son médecin « in case you know, he is a very good doctor you know ! », me dit-il avec son accent indien auquel je commence à me faire…you know ponctuant toutes phrases.
Second petit tour à l’Alliance, j’emprunte le Coran et les Poupée Russes en DVD…je ne sais pas du tout pourquoi j’éprouve le besoin d’avoir ce livre sacré…et en plus, c’est super intéressant, quoique un peu indigeste, et surtout pas du tout en adéquation avec ce que je vis…l’étranger est peut être le dénominateur commun, qui sait… ! Je voudrais faire un ciné-club de films français pour mes étudiants, mais il est hors de question qu’il y ait le moindre baiser…ça va être dur de trouver un film sans…je zapperai le début d’Amélie Poulain… ! Ca y est, je suis lancée!
samedi 22 août 2009
Premiers jours à Delhi.
Dimanche 2 août 2009. Journée libre. Première balade seule dans Delhi. Les regards sont pesants et je trace ma route mais ce n’est pas facile…le premier mot que j’apprends à dire est « non », « ne », et cela en dit long sur l’état d’esprit dans lequel ma peu de blanche me met. Je me blinde. Non, je n’ai toujours pas besoin de « hankerchiefs » ni de ceintures en cuir, et non, je ne veux pas baiser avec toi…d’ailleurs je suis mariée, ça évite de nombreux ennuis! Ceci dit ça ne les freine même pas plus que ça ! Je retrouve finalement mon chemin après m’être un peu égarée et fait honneur à mon sens de l’orientation redoutable, et m’offre une tartelette délicieuse aux pignons et un « chicken puff », feuilleté au poulet que les indiens mangent comme snack. Scène marquante et affreuse. Une femme ne va visiblement pas très bien dans la rue, un homme essaye de la tirer de sa position accroupie. Et je n’ose pas aller les voir pour les aider. J’ai appris que les services de secours ne se déplacent pas pour les gens qui habitent dans la rue…et il y en a tellement ici. Ils ne parlent sûrement même pas anglais…j’aurais l’air de quoi, moi, avec mes cheveux propres et mon teint frais, à leur proposer mon aide ? Mon aide de quoi d’ailleurs ? Le colonisateur qui aide et qui les laisse crever de faim dans la crasse…j’ai honte mais je ne peux que passer… en baissant les yeux pour surtout ne pas me faire aborder par un homme dans la rue. « men in Delhi are woolves » comme le dit le copain de Sarah. J’ai d’ailleurs vu passer les ambulances indiennes qui sont des camionnettes blanches sales dont la peinture évidemment s’effrite, et les fenêtres aussi sales que la rue…pas envie de me faire embarquer un jour…je pense là à celle de la Croix-Rouge de Paris 6ème qui vit sa décontamination mensuelle…si elle savait, elle se marrerait ! Le temps d’attendre à un coin de rue de pouvoir passer, ce qui relève plus du défis suicidaire que de la découverte d’un autre quartier et déjà je suis entourée d’indiens qui me regardent, me proposent des rick-chow ou des services divers. Oui, nous sommes un peu des bêtes curieuses ici, on se demande presque où sont les grilles du zoo! Même une voiture ralentie en me frôlant pour observer une blanche qui va traverser la route, et peut-être y laisser sa peau de blanche…même pas pour me laisser passer, juste me regarder… Ça me fait mal de savoir qu’ils fantasment tant sur les peaux blanches, eux qui sont pourtant si fiers de leurs identités diverses, et qui les revendiquent même avec agressivité entre états. Mais je n’ai rien à voir avec cela. Je représente juste un puit de fric qui baise facilement. Il m’est très dur de ne pas sourire aux hommes et femmes de la rue, sinon, je vais me faire embêter. Et un regard gagné, et c’est foutu ! Je regarde donc droit devant moi avec une fausse confiance, je ne peux pas m’arrêter même pour regarder l’affiche de cinéma, ou sinon, je me trouve encerclée et il est difficile d’en sortir…
Il y a cinq ans, je décrivait l’Inde comme une effusion des cinq sens. Aujourd’hui, les rues de Delhi sont certes colorées et pleines de fruits exaltants, mais les odeurs des hommes entremêlés et des animaux crevant sur le pavé, rattrapent ces visions des saris de toutes les couleurs. Inde, pays de tous les paradoxes, une fois de plus. Les plus riches foulent le pavé sur le lequel les plus pauvres dormiront la nuit venue. Nuit qui tombe tout d’un coup d’ailleurs, à 19h30, tel un rideau de noir moiré sur cette ville qui continuera d’accueillir en son sol les nombreuses personnes qui y dorment, étalant la toile de leur échoppe pour y coucher les plus petits. Je me suis retrouvée il y a quelques jours en rentrant d’un cybercafé avec des amis à enjamber des corps dormant ou mourrant, dans cet univers décharné et éteint, qui se réveillera pourtant aussi dynamique et combatif demain matin, au son des klaxons intempestifs des automobiles et motos de tous poils…les chiens, eux, n’aboient pas trop…trop faibles et maigres…ils crèvent la gueule ouverte. Les hommes aussi d’ailleurs.
Lundi 3 août. Anniversaire de Frank, joyeux anniversaiiiiiiiiiiireee ! Dernière matinée de travail pour ce qui concerne la formation initiale des tuteurs. Tout le monde s’endort dans la salle climatisée et les formateurs peinent à trouver en nous une lueur de sensibilité à leurs propos. Le contrat de mon Université est tout nouveau car c’est l’Université elle-même qui paye une partie de mon salaire tandis que les autres relèvent de leur région et de l’ambassade. C’est le dernier jour de certains tuteurs qui ont déjà eu ce poste l’an dernier, donc on en profite car on ne va pas les revoir tout de suite, et les liens tissés sont déjà forts. Soirée de gros délire dans les chambres de l’hôtel.
Mardi 4 août. Photocopies de tous mes papiers importants, il ne faut plus que je me balade avec mon passeport c’est trop dangereux. Je prends enfin connaissance de mon contrat en anglais qui stipule la nouveauté de double paiement par l’ambassade et l’Université. Rassurée, il ne reste plus qu’ils me payent…et vite car je dois débourser dès demain 450 euros d’assurance que ces crétins n’ont pas prévu. Voir Sarah et Amouda partir pour leur ville me fait réaliser que dans quelques jours c’est à mon tour de me retrouver seule à Chitkara, et la perspective de cette solitude m’effraie un peu, beaucoup. Surtout que nombre de personnes m’ont dit qu’il n’y avait rien à faire à Chandigarh…je verrais bien. Sinon, il y a aussi Sarah à Jaipur et Claire à Amritsar, Alex à Kuruksetra. L’ambiance est de mieux en mieux et des affinités se créent, fous rires au self quand Alex en se levant perd son pantalon…! Ce soir, je m’habille à l’occidentale, j’abandonne mon salwar kameez pour un jean et un chemisier…ça fait aussi du bien de se retrouver dans des habits que ce dépaysement violent m’a imposé…même si j’adore…j’avoue, toutes ces couleurs.
Mercredi 5 août Promenade avec Sarah K. dans Delhi, autour de CP, elle craque chez Fabindia, le magasin de fringue indiennes de toutes les couleurs…il paraît qu’enseigner dans la tenue traditionnelle est quand même mieux vu des étudiants et de l’administration en général assez conservatrice…donc c’est salwar kameez pour les filles, et on investi avec bonheur. Précisons qu’il est hors de question de monter un bout de jambe ou d’épaule... C’est agréable de se promener avec Sarah, mais les regards sont toujours aussi insistants et je trouve vraiment les mecs assez agressifs. Je n’avais pas ce souvenir de Chennaï, et j’espère que ce ne sera pas la même chose à Chandigarh…
Jeudi 6 août Soirée cocktail à l’hôtel, aux Bailey’s frappés ont succédé plusieurs spécialités d’ici, plus vodka et limonade, un peu d’ivresse dans ce pays qui nous enivre déjà pas mal dans la journée. La journée a été bonne, moins chaude (39 degrés, hier, 43…) toujours formation pour être accrédité examinateur des delf et dalf, diplômes que les étrangers passent pour aller étudier en France. C’est assez intense et répétitif, car on corrige des copies toute la journée, uniquement dans un but de sanctionner un niveau à un anonyme et non de faire progresser un élève. C’est assez frustrant, mais du coup je me dis qu’enseigner dans le but de progresser va être passionnant ! Une amie qui est dans ma chambre a un copain indien avec qui elle va vivre à Manipal où elle est affectée. Etre un couple mixte franco-indien n’est pas simple, tout le monde les regarde dans la rue il paraît, et cela est très mal vu. Ceci dit même les couples ne se tiennent jamais la main dans la rue, et il faut dire qu’on est marié pour ne pas avoir de problèmes. Les relations hors mariage sont impensables ici. Même s’il y en a, les indiennes avec qui j’en ai parlé se sentent/sentiraient coupables d’en avoir et n’en parlent qu’au conditionnel. Chacune est donc entrain d’élaborer une stratégie pour pouvoir loger son copain ou sa copine dans son logement de fonction…Sarah va, elle, vivre avec son copain en louant une petite maison (98euros pas mois au bord de la mer…je demande à voir !!) Son copain est vraiment adorable, Ganesh, et il m’a appris un truc essentiel en Hindi : « at gandu ! » qui veut dire « fuck off, ass hole ! »…bref, je me cul-tive comme je peux… Ceci dit, je me met sérieusement à apprendre le Hindi qui ne semble pas aussi difficile que le Tamoul ou autre, et je me familiarise aussi avec les lettres qui sont super belles…mais d’abord l’oral, que ça me serve un peu quand même !!
Rencontre avec une indienne francophone. Famille riche, traditionnelle, elle fait ses études à Poitiers. Non, je ne vais pas lui demander si elle connaît l’Ordre du Vénéré Bitard (Loué Soit-Il) ou les Chiures de Mouches, ce serait un peu violent comme approche ! N’empêche que depuis quelques jours, j’aimerais bien tenir un trombone dans les mains, et savoir enfin jouer quelques morceaux…ce n’est pas pour cette année… Elle nous raconte comment elle en est venu à vivre en France, après s’être disputé violemment avec ses parents. Et elle nous dit enfin que pas plus tard que ce matin, ses parents lui ont envoyé la photo d’un homme – le cinquième – qu’ils voudraient qu’elle épouse. Mais elle nous lâche avec son assurance inhabituelle qu’elle a réussit à leur faire accepter qu’il ne soit ni de leur village ni de leur caste…il faut juste qu’il parle anglais…c’est complètement fou !! Raconte qu’en arrivant à Poitiers, elle ne savais même pas faire des courses puisqu’elle avait l’habitude d’avoir un domestique… Je comprends mieux le changement inverse que l’on peut avoir, et ça fait presque du bien de savoir que le choc que j’ai eu ces derniers jours peut être réciproque. Il faut dire que je n’arrive oas à ne pas parler aux chauffeurs qui sont eux-même «étonnés et mal à l’aise face à ces dialogues amicaux et décalés. Ici, chacun à sa place. Demain, dernier jour de formation avant le grand saut dans l’avion pour Chandigarh…acheter un téléphone, Internet, et se réadapter à un environnement, une fac, et une région que l’on ne connaît pas…et être la seule blanche laissée aux regards des hommes…j’espère que ceux-ci sont plus respectueux qu’à Delhi …en serrant les dents tout passe, l’aventure ne fait que commencer !
Le grand départ.
« ladies and gentlemen, welcome to Delhi, thanks for choosing British Airways… » chaleur torride, et humidité presque insoutenable, en deux minutes, nous sommes trempés. Mais voilà l’odeur de l’Inde, je la reconnais, il est 6 heures du matin et je suis bien, je retrouve tout de suite ce sentiments d’il y a cinq ans, je suis chez moi, et tout est pourtant tellement différent ! J’ai retrouvé à l’aéroport de nombreux autres tuteurs qui vont passer l’année comme moi dans leur ville d’affectation, et y enseigner le français. Bonne ambiance, chaleur, étonnements divers.
Arrivée dans un hôtel somptueux sur Connaught Place (CP pour les intimes, les rickchowvala ne connaissent que ce nom là !) Ce sont les chauffeurs de rickchow, sortes de mobylette à trois roues avec une capote, qui sont les taxis locaux. Posons bagages et repartons pour la visite d’un temple magnifique et gigantesque qui reprend des fresques de la création de la mythologie indienne. Splendide !
Je suis vraiment en Inde, mais n’y crois pas trop…Tout cela est arrivé si vite, avec un visa fait la veille du départ, je n’ai même pas eu le temps de me dire que je vais passer 9 mois dans ce pays si différent du mien, si contrasté, si pauvre et si énergique pourtant…Je me sens déjà bien.
Après 10 jours de formations diverses à Delhi, je prendrai l’avion pour Chandigarh où je suis affectée à Chitkara University, fac privée qui fait de nombreuses choses (pharmacie, ingénieurs, architecture, hôtellerie, enseignement. Mais il n’y a pas de département de français et tout est à créer ! Je vais avoir une année passionnante. Avec deux autres tutrices, une de Chennaï et une autre d’Ahmedabad, nous allons élaborer une technique d’apprentissage de la langue française en architecture, et peut-être cela donnerait lieu à une publication…trop biennnn !! J’ai aussi appris que mon université comprend des cours d’architecture, de tourisme et d’hôtellerie, ce qui me rassure car je ne pensais avoir affaire qu’à des ingénieurs en sciences, je serais donc (un peu moins) perdue !!
Il était une fois...
Voilà, ça y est enfin, cela faisait quelques années que j'en rêvais et c'est chose faite. Je pars pour un an en Inde, dans la ville de Chandigarh construire par Le Corbusier, pour y enseigner le français dans une université. La ville a un statut particulier, capitale du Penjab et de l'Haryana, c'est donc un noeud culturel et linguistique important, aux pieds de l'Himalaya. Car voyager en Inde veut dire tellement de choses...chaque état a sa langue, ses traditions, ses religions...
C'est donc parti pour un an de découvertes diverses que je veux vous faire vivre au travers de quelques bafouilles bafouillées de-ci de-là au cours de quelques périgrinations tandôôrienne.
Pour ceux qui en le savent pas, Tandôôri est mon surnom de fanfaronne qui est plutôt approprié puisque le Penjab est le pays du tandôôr, sorte de four dans lequel la nourriture locale peut être cuisinée.
L'aventure commence, surtout laissez moi des messages débiles ou non et petites pensées, tandis que j'essaie de faire de cet espace un rayon de soleil qui traverse le monde pour vous faire partager mon aventure!
A bientôt, donc!
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