Premier jour sur le campus de l’université.
Une heure de bus que je dois prendre près de chez moi à 7h40, et rentrer à 18heures, même si mon seul cours de la journée est à 12H, et que je n’ai pas de cours l’aprem…grrr. « have a sit, have a caï ! » (prononcer « tchaï ». Là renaissent des sensations de Madras, le thé à l’indienne, j’adore ! Je laisse refroidir un peu et saisis en une gorgée chaude et colorée la fine couche de crème que le lait a déposé. Proustianisme primaire, ok, mais instant-tanné de douceur alors que je ne comprends rien de la conversation « hinglish » qui se trame autour de moi, et qui pourtant me concerne. Vite, il faut que j’apprenne cette langue ! Ce thé est un délice, fait de thé noir, gingembre, cardamome, clou de girofle, eau, lait, sucre, on en trouve partout (5 roupies). C’est pas grave si je comprends rien, tout à cet instant n’est que sensation primaire, le sens n’est pas encore là, juste le goût et l’extase. Bien en dehors de la réalité triviale de la constitution de mon emploi du temps… Le caï est un rituel indien, moment de partage aussi, sous la chaleur qui point entre deux coupures d’électricité amenant l’air conditionné. Les indiens en sont fans (les fans sont aussi des ventilateurs accrochés au plafond, on se demande comment certains arrivent encore à tenir, par du scotch et deux fils électriques !)…et pourtant, ils tournent ! Les indiens rêvent tous de froid et de neige, et ne comprennent pas quand je sors la tête juste pour saisir un rayon de soleil, ils se persuadent que je suis trop polie avec leur pays ! Bon, j’avoue qu’au-delà de 38 degrés, c’est intenable, mais l’hiver va tourner autour de 5degrés donc je fais mes provisions !
L’université est un immense campus où sont les collèges de Pharmacie, Ingeneering, Architecture, Business et Hôtellerie où je vais enseigner en majorité. Le tout est bordé de verdure et d’arbres, de quelques singes et petits écureuils. L’espace est aéré, c’est un plaisir et une grande chance d’étudier dans de telles conditions. Bâtiment moderne et accueil chaleureux. Sangeet mam’ me présente à l’équipe pédagogique, tout le monde a l’air de vouloir apprendre le français, chance ! Mais quand on discute, je m’aperçoit que très peu parlent anglais, même les prof d’anglais parlent hindi entre elles, et les autres ont un anglais plus qu’approximatif…je me mets donc à l’hindi option apprendre-rapidement-pour-comprendre-les-blagues-et-ne-plus-regarder-que-mon-assiette-de-riz-et-dhal-au-repas ! Très peu des indiens que j’ai rencontré ont voyagé, les prof et étudiants connaissent un peu le Nord de l’Inde, mais rarement plus loin. Ils me demandent si la France est en Europe…alors pour faire comme eux, j’ai répondu que « oui »…en effet, ici, les gens répondent « oui » pour ne pas blesser la personne, même s’ils n’ont pas compris la question…je me suis retrouvée dans des situations marrantes, genre aller à l’opposé de mon but initial ! Donc maintenant je pose des questions ouvertes… Donc oui, la France est en Europe, mais par contre le français n’est pas plus parlé que ça au Japon, et, non, on ne peux pas aller au Canada en train pour un week-end depuis Paris !! Je m’aperçois là de la chance que j’ai de pouvoir bouger ainsi, et découvrir le monde, confronter ma culture. Beaucoup pensent qu’à mon âge (ils me donnent tous 25 ans) je suis mariée et que je m’habille en salwar kameez à Paris. S’ils savaient que je fais la bise à mes amis, tutoie mes parents (ici, « tum » pour un ami, « apse » pour un professeur ou les parents), que je mange du steak et que j’adore les lardons, que je fais de la fanfare, et que j’adore les déguisements et paroles de chanson de la Voiture 4 ! Que j’ai un petit ami et qu’on n’est pas mariés, que je peux rentrer chez moi sans avoir l’autorisation de mon père ou de mon grand frère… S’il savaient que j’ai déjà fait des petits boulots, que c’est normal pour un étudiant parisien, et que je sais m’occuper de me faire à manger. S’ils savaient que mon père a quatre filles, donc que j’ai trois sœurs et que j’en suis super fière. Ici, les filles sont nettement moins considérées que les garçons, car elles nécessitent une dote, et une éducation qui ne sera pas toujours rentable car beaucoup de femmes sont encore mères au foyer. N’avoir que des filles, c’est la honte, mais je garantie que mon père est très heureux. (Je ne précise pas que mes parents n’ont jamais été marié, ce serait trop violent !)
jeudi 15 octobre 2009
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