jeudi 15 octobre 2009
Incredible India !
Donc, en français, « I love you », il paraît que le français est la langue de l’amour…Mais je sais malheureusement que nombreux d’entre eux préfèreraient le dire à une femme qui ne sera pas la leur, puisque les parents en auront décidé ainsi. Selon les familles, le mari ou la femme est choisi(e) dans la même caste, bien sûr, sachant qu’il y a plein de sous-castes, et que les délimitations ne sont pas toujours très claires. Mais il faut aussi que ce soit dans la même région, ou du moins dans le même état. Tout les profs de Chitkara que je connais vivent chez leurs beaux-parents, et ceux-ci exercent souvent une pression quotidienne sur elles. La seule qui ne vive pas chez ses beaux-parents est un peu la révolutionnaire du groupe…en plus elle a vraiment choisi son mari. Je sais que je suis dans une région particulièrement conservatrice pour ça, mais c’est quand même frappant de voir où est la normale, et de déplorer que l’amour est régit par les barrières de castes, sociales, religieuses. La caste est un système très étrange que la société indienne permet alors qu’elle a tant de bonnes choses. La loi interdit ce système mais dans les mentalités, il n’en est rien, ou en tout cas pas au Penjab. Mais cela est moins criant à Chandigarh car c’est une ville assez occidentalisée (tout étant relatif !). A l’Alliance Française, par exemple, le staff qui bosse pour l’entretien et la cafétéria sont de basses castes, et les profs, toutes indiennes, ne leur adressent la parole que pour des demandes de services ponctuels, toujours avec un air condescendant. Aujourd’hui, nous avons fêté l’anniversaire d’une élève et j’ai failli commettre une bévue en invitant celui qui nous sert si gentiment des cafés glacés et des sandwichs à l’omelette. Bénédicte qui est française m’explique que de toute façon il n’aurait pas accepté l’invitation. Il se serait probablement pas senti à l’aise au milieu de cette abondance de nourriture qui représente son salaire de la semaine. Et comme ce n’est pas nous qui organisons, je ne peux pas prendre les devants. Il y a quelques jours, je me suis faite reprendre par mes étudiants car je disais « thank you, sir » à un rickchawala. Que n’avais-je pas dit !! il fallait dire « Bahya » et non « sir », c’est beaucoup trop respectueux…comment vais-je appeler les gens respectables si j’appelle un intouchable sir ? … et bien je leur explique que j’ai autant de considération pour les deux types, et que, zut, ça, ils ne le changeront pas, et que je fais déjà très bien la différence entre bahya et sir. Je ne sais pas quel est le pire : tirer vers le haut un intouchable ou rabaisser mes étudiants baignés dans le lait de coco depuis leur plus jeune âge…ils décideront. La société indienne permet pourtant de superbes choses, comme les sadus, qui abandonnent toute vie sociale, aussi matérialiste qu’elle soit, pour vivre de mendicité et s’adonner à une spiritualité respectée par tous. Ce sont ces gens qui fument des pétards gros comme mon poing et, vêtus de orange, parcourent les lieux saints. Certains vivent d’une piété véritable, d’autres sont de gros attrappes-touristes.
Abécédéheuhèfgéhachijikahèlèmènopé…
Le seul matériel pédagogique que j'ai...entre deux coupures d'électricité!
les étudiants en cours de pâtisserie...miam!
Une de mes classes...normalement ils sont 25, mais je n'en ai jamais vu plus de 15 à la fois!!
La vie à Chitkara prend forme. Mais je m’aperçois rapidement qu’il n’y avait que le directeur qui est intéressé par le français et que mon poste sert plus à faire grossir les titres de la plaquette publicitaire de l’établissement… « Regardez, on fait même venir une petite française pour apprendre cette belle langue ! » Oui, mais en réalité, j’ai 10 classes débutantes de 25 élèves dont très peu sont motivés, et donc je fais dix fois l’alphabet, et « comment tu t’appelles ? » dans la semaine…je connais enfin mon alphabet. Je sais enfin que après le K s’enchaînent comme par magie ceux que j’ai toujours associés comme étant des amis depuis ma plus tendre enfance, je parle bien sûr de la longue lignée des l, m, n, o, p. C’est la seule suite logique que j’ai toujours trouvé fluide et intuitive dans les ingrédients de notre langage. Mais les étudiants de Chitkara sont des gosses de riches du Penjab, où la prospérité ne rime pas avec éducation et tenue. Le Penjab est la ceinture céréalière de l’Inde, constitué de nombreux villages agricoles. Régions donc très riche et la plus traditionnelle de l’Inde aux dires de beaucoup. Pour mes étudiants de première année, l’université est leur premier pas en dehors de leur village natal. Premier pas vers la mixité aussi. Plus de la moitié d’entre eux ne parlent pas anglais correctement, et un gros quart ne comprend pas « what is your name ? », donc enseigner le français y est d’autant plus difficile que je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Un étudiant est venu pour me demander d’où je venais, et si un de ses ami n’étais pas là pour traduire, je n’aurais pas percuté que ce malheureux répétait tout depuis le début sans comprendre un traître mot de français, pourtant exclusivement accompagné de gesticulation car je me refuse le plus possible à toute traduction directe en anglais. Donc oui, je viens de France où l’on ne parle pas Anglais, ni Penjabi d’ailleurs. Certains veulent aller au Canada, mais, non, on en peut pas y aller en train depuis Paris. La Tour Eiffel n’est pas une ville et la Seconde Guerre mondiale, c’est à connaître ! (Bon, ok, on n’étudie pas l’Indépendance de 1947 au lycée…) Beaucoup de mes étudiants sont donc riches mais assez incultes ce que je n’aurais pas parié en voyant le prix de l’inscription à cette université privée. J’ai quand même appris à certains, ébahis de cette nouvelle, que s’ils étaient censés parler anglais, c’est non seulement car c’est une langue internationale, mais aussi parce que l’Inde sort depuis peu d’une colonisation par l’Angleterre… Ce qui m’agace le plus, c’est qu’ils ne sont pas curieux et attendent que les exams leur tombent dans le bec, parce que le système d’apprentissage est le « par cœur » ici…mais ça va pas marcher avec moi ! Je me suis mis dans la tête de leur faire réaliser par eux-mêmes qu’ils étaient capables de réfléchir avec les outils de la langue. Je pense que ce sera beaucoup plus gratifiant pour eux que de tout recracher avec des gruges sur les genoux et dans la trousse! Mais ils ont tellement l’habitude d’apprendre par cœur, ils notent tout, mais quand je change les questions d’ordre, ils sont perdus ! Et je recommence en gesticulant, patiemment : « Comment tu t’appelles ?! ». Ils se foutent de moi, c’est vrai que j’ai un peu l’air d’un clown, mais ça met l’ambiance…et ils commencent à savoir que j’ai leur âge, ce qui n’arrange rien ! Sur le campus, certains lancent depuis la balustrade « teacher ou student ?! » je réponds en rigolant « teacher », et du coup, ils filent doux et je me marre. Mais la récompense est tout de même au coin du couloir, quand une nuée enthousiaste de « Bonjou’ mam » retentie alors les autres profs ont juste droit à un salut de la tête ou à un machinal « Good morning mam ». Mais si j’ai leur âge, ils ont la mentalité d’adolescents de 14 ans en France, les garçons rougissent quand je leur demande de s’asseoir à côté d’une fille pour mélanger la dynamique de la classe. J’y mets un point d’honneur. Dès les premiers cours, j’ai pu observer avec tristesse le poids démographique des garçons par rapport aux filles, 3 filles maximum sur des classes de 25. Il faut donc canaliser la testostérone en pleine ébullition, la seule vue d’une petite française en salwar-kameez semble les émoustiller. (Même si on est un thon, je pense que le blanc de la peau suffit, trop bien l’Inde!) Je leur explique que, dans la vie, il leur faudra agir avec le sexe opposé, et qu’en France les filles et les garçons sont mélangés, donc en cours de français aussi. Alors ils rechignent…avant de choisir la fille la plus mignonne et de lui piquer son stylo pour entamer un rapport de force puéril, et la faire ainsi réagir… Je leur apprends aussi quelques rudiments de courtoisie et de galanterie, car j’ai appris que ça existe aussi (de temps en temps) en Inde ! Leur première question, après m’avoir demandé mon âge, est de savoir comment on dit « I love you » en français.
Simla!
Opération Simla, oui, on en parle depuis longtemps alors ce week-end on le fait ! La pluie est diluvienne et tout les indiens me font promettre de reporter l’expédition. Alex de Kuruksetra, Anila et Noëmie de Delhi viennent squatter une nuit dans ma chambre de guest-house, et nous décidons à m’aube de partir…toujours sous la pluie. Anila est à moitié indienne et connaît Simla comme sa poche, elle nous emmènera faire le tour des bars si vraiment il pleut trop. Et puis, arrivée à la gare de bus de Chandigarh, la pluie s’arrête, comme de par magie. Et là commence un voyage mémorable. C’est la première fois que je sors de Chandigarh et ça fait du bien, nous montons les premières hauteurs de l’Himalaya. 6 heures de bus, autant dire rien du tout pour des distances indiennes, c’est le bled à côté. A côté de moi dans le bus, deux jeunes mariés font connaissance, j’ai de la peine pour eux, ils n’ont rien à se dire. J’imagine que chaque geste est nouveau, ne serait-ce qu’une main sur un genoux, le partage d’un paquet de biscuit. Je vois qu’ils sont jeunes mariés car la fille qui a maximum mon âge a les poignets pleins de bracelets sur au moins 10 centimètres, et qu’elle doit garder au moins un mois après son mariage. Elle jette une bouteille en plastique par la fenêtre en se couchant sur moi, voilà une bonne idée de l’écologie et l’Inde, néante au quotidien ! Ici, 95 pourcent des mariages sont encore arrangés, surtout au Penjab qui est l’état le plus conservateur, et Anila nous confie que Simla est un grand lieu de voyage de noces.
Pose sur la route où l’on déguste un délicieux dhal et quelques chapatis. Alex et moi sommes devenus experts en dégustation de dhal, car nous sommes tous les deux en guest house et donc obligé de manger ce met aux lentilles midi et soir. Mais ne nous y trompons pas, le dhal revêt des couleurs, des assaisonnements très divers, qui vont du jaune au noir en passant par le rouge…Mon préféré est celui aux lentilles noires, avec des oignons et du gingembre, j’ai demandé à Babloo qui est le cuisinier de la guest house de m’apprendre à le faire…Et voilà que je me remets encore à parler de nourriture…L’Inde ne me changera pas totalement !!
Arrivée à Simla, nous sautons du bus avant que celui-ci ne monte trop haut, mais il y a trop de monde sur la route alors on ne se retrouve que quelques minutes après, aucun n’ayant réussi à sauter en même temps ! Et nous voilà aux pieds de montagnes immenses et impressionnantes, des rues grouillantes de vie et de petits commerces animés. Le comptoir d’une clinique dentaire, à même la rue, présente des dentiers tous plus appétissants les uns que les autres comme mon épicier cyclope de Chandigarh expose ses biscuits et ses différents types de lentilles… .Oui, il n’a qu’un œil, et c’est assez fréquent ici, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une vision très gaie de la vie, et de m’offrir des caï quand le bus est en retard le matin. Donc, les rues de Simla, des escaliers, des rues en pentes, des cris partout, des couleurs, des odeurs de sale, et des marchands de fleurs cohabitent. De petits passages dont la montée récompense le touriste aventureux par l’une des plus belles vues de montagnes. L’air est plus frais…nous sommes à 2000 mètres et mes poumons le sentent, il nous faut nous poser quelques minutes pour reprendre nos esprits de petits citadins nantis dans la pollution et bercés par le ronron des rickshaws. « Respirez l’air pur les enfants », je le dis à mes copains en précisant que cette phrase vient de Pabé, mon grand-père maternel, à qui je pense beaucoup en ce moment. Il dit cela quand on se balade en montagne, dans les Vosges ou aux alentours de Strasbourg où mes grands-parents habitent. Ici, rien à voir, les habitants ont des gueules. Je veux dire des vraies gueules de montagnards. Certains ressemblent même à des mongols ou à des chinois. Tête ronde et plate, les yeux travaillés des rides du temps sont rieurs et légèrement plissés. D’autres ont des têtes d’afghans, les cheveux longs et sales, ils sont vêtus de gros gilets tricotés donc le dos comporte un sac à dos intégrés. Je ne sais pas encore à quoi cela sert.
Je me dis tout de suite que lorsqu’on vit dans un environnement aussi beau, on ne peut être que bon. Comme les fonctions vitales, les valeurs seraient liées entre elles, intrinsèquement. Car vraiment, c’est beau. Il suffit de se détourner du flan que l’on grimpe pour se voir offrir la vallée, que surplombe de l’autre côté l’Himalaya. J’ai du mal à croire que je suis au début de la plus grande chaîne de montagne du monde, un mythe presque, que je touche du bout des yeux…neiges éternelles d’un côté, pollution de la vallée de Chandigarh de l’autre…le choix est vite vu !
La ville comprend une rue principale, le Mall, qui est assez touristique, et ça fait bizarre car je ne suis plus habituée à voir des blancs, ça se remarque tout de suite ! Nous trouvons un hôtel pas trop cher et marchandons pour mettre deux lits par terre ce qui évite de payer une chambre en plus, et c’est plus convivial. Et puis nous abordons les hauteurs, et nous dirigeons vers le temple des singes, en l’honneur du dieu Hanuman. Mais en fait, il y a plus de singes dans la ville elle-même, et j’en ai assez peur. Il ne faut surtout pas les regarder sinon ils attaquent et vu comment ils se mordent entre eux en plein milieu de la rue, j’ai pas envie de leur proposer mon mollet…et puis je suis pas vaccinée contre la rage, alors bras dessus bras dessous avec Alex et Noëmie, on les évite soigneusement en regardant nos pieds entre deux poses, émerveillement oblige ! Des bâtons sont loués à l’entrée du temple pour éloigner les singes, (« singes, singes, petits singes » comme dirait ma mère…), mais nous n’en croisons pas un !! Il paraît qu’ils savent éplucher les bananes, ouvrir des canettes et manger du raisin en recrachant les pépins. Leurs attitudes humaines nous fascinent. L’un est accoudé à une barrière en regardant les touristes passer, comme le ferait un vieux blasé, à l’heure de la sieste, en posant nonchalamment son poignet sur sa cane, laissant retomber sa main nouée par l’effort et taillée par l’arthrose. Le singe, contrairement au vieux, préfère croiser les jambes, c’est plus chic, mais c’est fou ce qu’il est proche de l’homme…ou inversement ! Et je suis sûre que certains hommes mordent si on les regarde !
La montée jusqu’au temple est rude, il fait très chaud, la pente est abrupte et les singes insolents, je commence à respirer difficilement et Noëmie a mal au crâne…pauvres petits touristes mauviettes que nous sommes ! Le soir, dîner dans un restaurant que Renard nous indique (référence à Sylvain et Sylvette), ici, Anila, nous embarque dans un endroit très agréable, où des jeunes mariés viennent fêter leur voyage de noce. L’ambiance du couple à côté est à pleurer. Juste pas un mot ne s’échange, ni un regard, ni un sourire. Mais nous nous délectons d’un poulet épicé, et de légumes à la noix de coco…délice des papilles! Le lendemain matin, achat de Ventoline indienne au réveil (moins de 2 euros!!), et je prends seule le premier bus pour redescendre en urgence, car je viens de rester 10 heures en haletant, sans dormir, mes poumons en ont marre, et le yoga ne suffit plus ! Mais c’est promis, je reviens, dans un hôtel qui a un peu moins de poussière ! le bus du retour commence la route à moitié plein, que des hommes, et une blanche qui halète au milieu, mais le bus se rempli au fur et à mesure que l’on passe dans les villages de montagne. Des hommes sortent de nul part, au détour d’un virage où l’on n’aurait jamais juré qu’il y avait une activité…il est vrai qu’ils sont quand même 1, 2 milliard…il faut les caser, et ceux-là ont de la chance de goûter à ces paysages au quotidien, j’écris à mon ami Abhiranjan qu’il a bien de la chance d’avoir grandi là.
Mam Ouictoi'
Premier jour sur le campus de l’université.
Une heure de bus que je dois prendre près de chez moi à 7h40, et rentrer à 18heures, même si mon seul cours de la journée est à 12H, et que je n’ai pas de cours l’aprem…grrr. « have a sit, have a caï ! » (prononcer « tchaï ». Là renaissent des sensations de Madras, le thé à l’indienne, j’adore ! Je laisse refroidir un peu et saisis en une gorgée chaude et colorée la fine couche de crème que le lait a déposé. Proustianisme primaire, ok, mais instant-tanné de douceur alors que je ne comprends rien de la conversation « hinglish » qui se trame autour de moi, et qui pourtant me concerne. Vite, il faut que j’apprenne cette langue ! Ce thé est un délice, fait de thé noir, gingembre, cardamome, clou de girofle, eau, lait, sucre, on en trouve partout (5 roupies). C’est pas grave si je comprends rien, tout à cet instant n’est que sensation primaire, le sens n’est pas encore là, juste le goût et l’extase. Bien en dehors de la réalité triviale de la constitution de mon emploi du temps… Le caï est un rituel indien, moment de partage aussi, sous la chaleur qui point entre deux coupures d’électricité amenant l’air conditionné. Les indiens en sont fans (les fans sont aussi des ventilateurs accrochés au plafond, on se demande comment certains arrivent encore à tenir, par du scotch et deux fils électriques !)…et pourtant, ils tournent ! Les indiens rêvent tous de froid et de neige, et ne comprennent pas quand je sors la tête juste pour saisir un rayon de soleil, ils se persuadent que je suis trop polie avec leur pays ! Bon, j’avoue qu’au-delà de 38 degrés, c’est intenable, mais l’hiver va tourner autour de 5degrés donc je fais mes provisions !
L’université est un immense campus où sont les collèges de Pharmacie, Ingeneering, Architecture, Business et Hôtellerie où je vais enseigner en majorité. Le tout est bordé de verdure et d’arbres, de quelques singes et petits écureuils. L’espace est aéré, c’est un plaisir et une grande chance d’étudier dans de telles conditions. Bâtiment moderne et accueil chaleureux. Sangeet mam’ me présente à l’équipe pédagogique, tout le monde a l’air de vouloir apprendre le français, chance ! Mais quand on discute, je m’aperçoit que très peu parlent anglais, même les prof d’anglais parlent hindi entre elles, et les autres ont un anglais plus qu’approximatif…je me mets donc à l’hindi option apprendre-rapidement-pour-comprendre-les-blagues-et-ne-plus-regarder-que-mon-assiette-de-riz-et-dhal-au-repas ! Très peu des indiens que j’ai rencontré ont voyagé, les prof et étudiants connaissent un peu le Nord de l’Inde, mais rarement plus loin. Ils me demandent si la France est en Europe…alors pour faire comme eux, j’ai répondu que « oui »…en effet, ici, les gens répondent « oui » pour ne pas blesser la personne, même s’ils n’ont pas compris la question…je me suis retrouvée dans des situations marrantes, genre aller à l’opposé de mon but initial ! Donc maintenant je pose des questions ouvertes… Donc oui, la France est en Europe, mais par contre le français n’est pas plus parlé que ça au Japon, et, non, on ne peux pas aller au Canada en train pour un week-end depuis Paris !! Je m’aperçois là de la chance que j’ai de pouvoir bouger ainsi, et découvrir le monde, confronter ma culture. Beaucoup pensent qu’à mon âge (ils me donnent tous 25 ans) je suis mariée et que je m’habille en salwar kameez à Paris. S’ils savaient que je fais la bise à mes amis, tutoie mes parents (ici, « tum » pour un ami, « apse » pour un professeur ou les parents), que je mange du steak et que j’adore les lardons, que je fais de la fanfare, et que j’adore les déguisements et paroles de chanson de la Voiture 4 ! Que j’ai un petit ami et qu’on n’est pas mariés, que je peux rentrer chez moi sans avoir l’autorisation de mon père ou de mon grand frère… S’il savaient que j’ai déjà fait des petits boulots, que c’est normal pour un étudiant parisien, et que je sais m’occuper de me faire à manger. S’ils savaient que mon père a quatre filles, donc que j’ai trois sœurs et que j’en suis super fière. Ici, les filles sont nettement moins considérées que les garçons, car elles nécessitent une dote, et une éducation qui ne sera pas toujours rentable car beaucoup de femmes sont encore mères au foyer. N’avoir que des filles, c’est la honte, mais je garantie que mon père est très heureux. (Je ne précise pas que mes parents n’ont jamais été marié, ce serait trop violent !)
Une heure de bus que je dois prendre près de chez moi à 7h40, et rentrer à 18heures, même si mon seul cours de la journée est à 12H, et que je n’ai pas de cours l’aprem…grrr. « have a sit, have a caï ! » (prononcer « tchaï ». Là renaissent des sensations de Madras, le thé à l’indienne, j’adore ! Je laisse refroidir un peu et saisis en une gorgée chaude et colorée la fine couche de crème que le lait a déposé. Proustianisme primaire, ok, mais instant-tanné de douceur alors que je ne comprends rien de la conversation « hinglish » qui se trame autour de moi, et qui pourtant me concerne. Vite, il faut que j’apprenne cette langue ! Ce thé est un délice, fait de thé noir, gingembre, cardamome, clou de girofle, eau, lait, sucre, on en trouve partout (5 roupies). C’est pas grave si je comprends rien, tout à cet instant n’est que sensation primaire, le sens n’est pas encore là, juste le goût et l’extase. Bien en dehors de la réalité triviale de la constitution de mon emploi du temps… Le caï est un rituel indien, moment de partage aussi, sous la chaleur qui point entre deux coupures d’électricité amenant l’air conditionné. Les indiens en sont fans (les fans sont aussi des ventilateurs accrochés au plafond, on se demande comment certains arrivent encore à tenir, par du scotch et deux fils électriques !)…et pourtant, ils tournent ! Les indiens rêvent tous de froid et de neige, et ne comprennent pas quand je sors la tête juste pour saisir un rayon de soleil, ils se persuadent que je suis trop polie avec leur pays ! Bon, j’avoue qu’au-delà de 38 degrés, c’est intenable, mais l’hiver va tourner autour de 5degrés donc je fais mes provisions !
L’université est un immense campus où sont les collèges de Pharmacie, Ingeneering, Architecture, Business et Hôtellerie où je vais enseigner en majorité. Le tout est bordé de verdure et d’arbres, de quelques singes et petits écureuils. L’espace est aéré, c’est un plaisir et une grande chance d’étudier dans de telles conditions. Bâtiment moderne et accueil chaleureux. Sangeet mam’ me présente à l’équipe pédagogique, tout le monde a l’air de vouloir apprendre le français, chance ! Mais quand on discute, je m’aperçoit que très peu parlent anglais, même les prof d’anglais parlent hindi entre elles, et les autres ont un anglais plus qu’approximatif…je me mets donc à l’hindi option apprendre-rapidement-pour-comprendre-les-blagues-et-ne-plus-regarder-que-mon-assiette-de-riz-et-dhal-au-repas ! Très peu des indiens que j’ai rencontré ont voyagé, les prof et étudiants connaissent un peu le Nord de l’Inde, mais rarement plus loin. Ils me demandent si la France est en Europe…alors pour faire comme eux, j’ai répondu que « oui »…en effet, ici, les gens répondent « oui » pour ne pas blesser la personne, même s’ils n’ont pas compris la question…je me suis retrouvée dans des situations marrantes, genre aller à l’opposé de mon but initial ! Donc maintenant je pose des questions ouvertes… Donc oui, la France est en Europe, mais par contre le français n’est pas plus parlé que ça au Japon, et, non, on ne peux pas aller au Canada en train pour un week-end depuis Paris !! Je m’aperçois là de la chance que j’ai de pouvoir bouger ainsi, et découvrir le monde, confronter ma culture. Beaucoup pensent qu’à mon âge (ils me donnent tous 25 ans) je suis mariée et que je m’habille en salwar kameez à Paris. S’ils savaient que je fais la bise à mes amis, tutoie mes parents (ici, « tum » pour un ami, « apse » pour un professeur ou les parents), que je mange du steak et que j’adore les lardons, que je fais de la fanfare, et que j’adore les déguisements et paroles de chanson de la Voiture 4 ! Que j’ai un petit ami et qu’on n’est pas mariés, que je peux rentrer chez moi sans avoir l’autorisation de mon père ou de mon grand frère… S’il savaient que j’ai déjà fait des petits boulots, que c’est normal pour un étudiant parisien, et que je sais m’occuper de me faire à manger. S’ils savaient que mon père a quatre filles, donc que j’ai trois sœurs et que j’en suis super fière. Ici, les filles sont nettement moins considérées que les garçons, car elles nécessitent une dote, et une éducation qui ne sera pas toujours rentable car beaucoup de femmes sont encore mères au foyer. N’avoir que des filles, c’est la honte, mais je garantie que mon père est très heureux. (Je ne précise pas que mes parents n’ont jamais été marié, ce serait trop violent !)
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