Arrivée à Chandigarh. Calme, vert, vaches, la pollution est très faible, on se croirait dans un village du pays basque ! Le contraste avec Delhi est flagrant. Beaucoup de solitude, je commence à faire comprendre à l’administration de l’université que je ne vais pas vivre dans une guest-house pendant un an, sans cuisine, et surtout avec obligation de rentrer avant 21heures…! Dimanche on me réveille à 6h45 pour le petit dej, je veux bien qu’on soit lève tôt et qu’on n’aille pas à la messe le dimanche ici, mais quand même…avec une planche de bois pour lit et un seau d’eau pour douche, j’aimerai au moins dormir un peu ! La ville est vide. Tout est vert, seuls les ricks chow et cycles ricks chow montrent qu’on est en Inde. Je pense d’ailleurs que vu le trafic, je peux même m’acheter un vélo que je revendrai à mon retour… les hommes ne sont pas au coude à coude dans la rue, parfois même ils portent des casques sur leur moto. Mais j’apprends que ce n’est pas obligatoire pour les sikhs en raison de leur turban, et pour les femmes, pour ne pas abîmer leurs cheveux…du grand délire ! « Oui, tu comprends « Ouictoi’ », le casque, ça enlève la beauté des femmes… »
La ville est organisée en secteurs de 1km2 selon le souhait de le Corbusier. Chaque secteur a son supermarket, son cyber, son tailleur, son espace de téléphone (un boui-boui avec un téléphone posé sur le comptoir). Il est donc assez facile de s’y retrouver. Parfait pour mon sens de l’orientation légendaire (Frank, je t’entends déjà pouffer devant ton écran !)
Dimanche 9 août 2009
Petit déjeuner à la guest-house. Chocapics insipides, bol de curd (fromage blanc fermenté, j’adore…), et dhal (lentilles épicées, délicieux)…drôle de mélange dans une petite salle commune où tiennent une table et trois chaises. Je me retrouve face à un indien, Swaraaj et Steven, un anglais de Plymouth…le seul blanc que je vois depuis que j’ai quitté Delhi (oui, ok, c’est hier, mais cette journée m’a paru une éternité !) La conversation s’engage, ils me proposent de faire avec eux une ballade dans les montagnes de l’Himarchal, l’état contigü au Penjab. Rien de prévu. J’accepte. Quelques kilomètres plus loin, et quelques accidents évités de peu par le chauffeur, nous nous retrouvons dans les premières montagnes de l’Himalaya…le rêve, que de la verdure et la chaleur qui descend ce qui n’est pas négligeable ! Ces deux hommes sont prof de journalisme à Chitkara, et racontent plein d’histoires, mon anglais revient peu à peu avec le British car je parlais jusqu’à présent en pensant en espagnol…gracias Madrid ! Swaraaj nous fait rencontrer une vieille hongroise centenaire qui vit dans la montagne avec deux indiens, on se demande un peu comment elle a atterri là. Très attendrissante, je pense à ma grand-mère Amé, elle pète le feu et me dis les quelques mots de français qui lui reviennent. Visite de villages locaux, la présence de l’armée est un peu inquiétante, il paraît que c’est normal…mais les militaires indiens n’ont pas l’air de rigoler, et bien qu’en sarwal-kameez, on ne loupe pas mon teint blanchâtre, ce que les regards intrigués ne manquent pas de me faire remarquer…ceci dit, ici, il ne s’agit que d’intrigue et non des regards libidineux et agressifs de Delhi. Ouf !
Voici mes premières images de mon arrivée...il ne sa'git pas de Chandigarh mais de Kasauli, dans les montagnes de l'Himarchal Pradesh, état adjacent du Penjab, d'où est originaire Swaraaj.
Samedi 8 août 2009
Premier jour à la fac.
Tenue neuve achetée à Delhi qui fait son effet auprès des profs car tout le monde est en jean ici, mais ils apprécient et sont flattés. On me demande en fait si je peux aussi donner une heure de cours d’initiation aux petits, car Chitkara est un complexe qui commence en maternelle. Je vois alors défiler plein de petits sikhs avec leur petit turban, et tous habillés pareils, coiffure impeccable. Je pense que je vais me régaler avec eux. L’école est très moderne et très riche. Rencontre avec Le Directeur, Monsieur Chitkara qui a fondé cet énorme truc et qui prend des cours de français à l’Alliance Française, il est comme un gosse devant moi en me disant tous les mots français qu’il peut, et les écrit à l’occasion. Adorable, c’est aussi lui qui est à l’initiative de mon poste. Il a l’air d’un riche qui a réussit, le ventre proportionnel comme souvent ici, à l’étendu de sa réussite…c’est pas peu dire. Bagues dorées à tous les doigts, colliers imposants sur le costard. S’il n’était pas déjà amoureux de ma discipline, j’aurais été glaçée sur place…
Découverte des enfants et de la classe où je vais enseigner. Ils ont 10 ans, tous en salopette et polo d’uniforme. Ils commencent toutes leurs phrases par « m’am », même pour répondre « m’am, yes ». je n’arrive pas à retenir ni à prononcer leurs prénoms mais ça viendra. Je rencontre à l’école une prof d’anglais brésilienne qui a mon âge…et qui s’est fait viré de la guest-house pour être rentrée à 22h…je vais peut être essayer, ça accélèrera peut-être les choses !!
Après-midi à la Police pour m’enregistrer comme étranger travaillant sur le territoire…et ben, j’ai pas envie d’avoir affaire à la Police…tout d’abord, le chauffeur qui m’accompagne gentiment paye un backshich ni vu ni connu pour ne pas y passer toute la nuit. Et quand on passe dans les couloirs, j’ai l’impression que je suis détenue. Les flics sikhs en imposent encore plus avec leurs turbans et leur grande carrure. Normalement dans deux jours, je serais enregistrée…si un autre dossier n’a pas payé plus cher…franchement, j’exagère un peu, mais pas beaucoup…et c’est un tel bordel dans les bureaux…
Anecdote au passage : J’ai mangé un morceau de piment vert il y a trois heures et j’ai encore le visage tout insensibilisé…pourtant j’ai enlevé les graines…mais il paraît que ça désinfecte et que c’est bon pour la santé…il va falloir que je m’habitue !! Vivement demain, je vais parler à d’autres personnes qu’aux profs de la fac, opération Alliance Français où je vais peut-être enseigner aux plus avancés. C’est bon, je pue la citronnelle, je peux aller me coucher !
Mardi 11 août 2009
Journée formidable et pleine de rencontres. A l’Alliance Française, beaucoup d’étudiants ont mon âge, ils m’appellent « m’am », je rencontre les prof. Accueil adorable, et je vois aussi que les profs de français ne parlent même pas parfaitement…il y a du boulot ! Le bâtiment est super, très moderne et la bibliothèque fournie. Je rencontre un indien qui va passer l’année prochaine à Caen, Amar, et lui donne mon adresse en cas de questions. Je dis aussi un peu à tout le monde que je cherche un appart, et me voilà embarquée dans la coloc de 4 franchouillards qui font une année d’école de commerce ici. Ça fait drôlement du bien de voir des jeunes, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas été détendue et moi-même… on remarque d’ailleurs tous que ça fait un bail qu’on n’a pas fait la bise, et on fait deux tournées pour le plaisir ! C’est vrai qu’ici les contacts corporels sont minimes, poignées de mains entre collègues et salutation pour les autres… ils me filent de bonnes adresses, et je voudrait bien sortir avec eux, mais ma guest-house ferme à 21h…grrrr. Il est d’ailleurs temps de rentrer pour l’heure du dîner avec Steven et Swaraaj, donc Manee un jeune indien sikh adorable me ramène sur sa mobilette. Pas de casque bien sûr, c’est l’une des absurdités du pays. On y voit des familles entières de 5 personnes entièrement sur une moto, avec le casque à la main!
Swaraaj est mon petit papa, il est adorable et me propose de m’emmener faire un tour visiter un peu le quartier…le concept du Corbusier est pas mal, mais les bâtiments ne sont pas beaux et très uniformes! Seule la verdure omniprésente est un régal, il y a des arbres partout et c’est très peu pollué. Swaraaj est à la guest-house deux jours par semaine donc il va retourner demain dans ses montagnes de l’Himarchal. Trop gentil et touchant, il va me donner l’adresse de son médecin « in case you know, he is a very good doctor you know ! », me dit-il avec son accent indien auquel je commence à me faire…you know ponctuant toutes phrases.
Second petit tour à l’Alliance, j’emprunte le Coran et les Poupée Russes en DVD…je ne sais pas du tout pourquoi j’éprouve le besoin d’avoir ce livre sacré…et en plus, c’est super intéressant, quoique un peu indigeste, et surtout pas du tout en adéquation avec ce que je vis…l’étranger est peut être le dénominateur commun, qui sait… ! Je voudrais faire un ciné-club de films français pour mes étudiants, mais il est hors de question qu’il y ait le moindre baiser…ça va être dur de trouver un film sans…je zapperai le début d’Amélie Poulain… ! Ca y est, je suis lancée!
Waou, bienvenu à Chandigarh Tata !
RépondreSupprimerça y es ? tu es installée avec 4 français ?
Ils sont là depuis longtemps ?
Ou c'est une découverte commune de l'inde ?
M'am, le "diner de con" ou "la grande vadrouille" seraient de bon films you know ...
Pas d'image "choquantes" pour la culture et une vision sympathique de la france you know !
Quoique, les jeux de mots sont peut etre un peu trop difficile à comprendre pour eux ... mais au moins toi tu riras bien !
Au fait, tu connais déjà le Bhagavad-gita ?
Au moins, tu es dans l'ambiance !
Ou justement il te faut un livre qui change radicalement ?
(bonne idée, je vais le lire aussi)
Superbe ton récit, c'est presque un roman ...
continue à le vivre et l'écrire
;-)